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À propos

Julien est né en 1983 et, dès son enfance, il est sensibilisé par sa mère à l’image à travers le cinéma et la photographie. Après des études en arts appliqués à Paris, il rejoint un groupe d’édition et de presse en tant qu’assistant directeur artistique. En 2015 il crée un studio graphique “JY“ toujours existant et donne des cours en démarche créative dans une agence école à Paris jusqu’en 2024.

 

Après avoir essayé plusieurs styles photographiques, Julien s’attache depuis 2014 à travailler une photographie subjective au noir et blanc très contrasté et texturé valorisant les détails et la profondeur des scènes capturées. Bien qu'il photographie en numérique, il utilise pour ses tirages un véritable papier argentique lui permettant de se rapprocher de la chimie de l’argentique.

 

Depuis 2008 il expose régulièrement son travail notamment lors d'une importante exposition à Mortagne-au-Perche en 2025 pour les 10 ans de son projet "Dans quel monde je fuis", sous le titre "Mémoire(s) d'une quête".

 

Aujourd’hui, sa photographie continue d’évoluer autour d’une approche subjective du réel. Il s’intéresse à ce qui arrête le regard, à ce qui peut surgir d’un détail, d’une matière ou d’une lumière, et à cette frontière où le réel commence doucement à laisser place à l’imaginaire.

Photographie : © Kevin Meyer

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Sur les chemins du Perche_29.jpg

Quelques mots sur ma photographie

La photographie commence souvent par une poésie qui arrête mon regard. Cela peut être une forme, une matière, une lumière, parfois quelque chose de presque insignifiant. Un détail dans un paysage, une silhouette, une fissure, un reflet. Ce qui m’intéresse n’est pas seulement ce qui se trouve devant moi, mais ce que la photographie peut en faire.
 
Dès que je porte l’appareil à l’œil, quelque chose change. Le cadrage isole, le noir et blanc simplifie, le contraste fait disparaître certaines informations et en fait ressortir d’autres. Le réel est toujours là, bien sûr, mais il commence déjà à devenir autre chose.
 
C’est ce moment qui m’intéresse particulièrement. Celui où ce que l’on regarde n’est plus tout à fait évident. Une forêt peut devenir un rythme, une rivière une ligne lumineuse, une peau évoquer un paysage, un mur presque un dessin. J’aime quand une image reste reconnaissable, mais qu’elle commence malgré tout à échapper un peu à ce qu’elle représente.
 
Je ne cherche pas forcément l’abstraction. Au contraire, j’ai besoin que le réel reste présent, qu’il y ait encore quelque chose auquel se raccrocher. Mais j’aime quand il perd une partie de son évidence, quand un sujet n’est plus seulement un sujet et qu’il devient aussi une forme, une matière ou une sensation.
 
Le noir et blanc a naturellement pris une place importante dans mon travail. Je ne le vois pas seulement comme un choix esthétique. En retirant la couleur, certaines choses disparaissent et d’autres deviennent beaucoup plus présentes. La lumière, les lignes, les textures, les zones de vide prennent une autre importance. Il m’arrive aussi d’aller assez loin dans les noirs ou dans les blancs, jusqu’à perdre volontairement une partie du sujet. Je ne cherche pas toujours à tout montrer. Cette disparition m’intéresse aussi.
 
Il y a également le grain. J’aime qu’une photographie garde une matière et qu’elle ne soit pas trop lisse. Selon les images, il peut presque se confondre avec ce que je photographie, la terre, la pierre, l’écorce, la peau. Mais il peut aussi brouiller légèrement la lecture. L’image devient peut-être un peu moins immédiate, et ce n’est pas quelque chose qui me dérange. Au contraire.
Le paysage revient beaucoup dans mes photographies, mais je ne cherche pas vraiment à montrer un lieu pour le documenter ou simplement parce qu’il est beau. Ce qui m’intéresse davantage, c’est ce qu’il me fait ressentir et ce qu’il peut devenir dans l’image. Certains paysages peuvent sembler silencieux ou inquiétants, d’autres beaucoup plus ouverts. Parfois, le lieu réel finit presque par disparaître derrière une sensation.

La présence humaine est elle aussi souvent là sans qu’une personne apparaisse forcément dans l’image. Elle passe par une route, un mur, un pont, une construction, une trace laissée dans le paysage. Cette rencontre entre ce qui est naturel et ce qui a été construit revient assez spontanément dans mon travail. J’aime voir comment les deux peuvent s’opposer, se répondre ou finir par se mélanger.
 
Je mets rarement les choses en scène. Ce qui m’attire davantage, c’est de trouver dans ce qui existe déjà une étrangeté, une ambiguïté ou simplement quelque chose que je n’avais pas vu immédiatement. Un cadrage ou un point de vue suffisent parfois à faire basculer une scène très ordinaire. Le réel n’a pas changé, mais la photographie permet de le regarder autrement.
 
Le fragment a aussi une place importante dans ma manière de photographier. Je n’ai pas toujours besoin de montrer un sujet dans son ensemble. Au contraire, en retirant une partie de son contexte, il devient parfois plus ouvert. Le hors-champ compte beaucoup pour moi pour cette raison. Ce que l’on ne voit pas laisse une place à ce que chacun peut imaginer.
 
Les titres que je choisis vont dans le même sens. Je préfère généralement qu’ils suggèrent quelque chose plutôt qu’ils décrivent précisément l’image.
Un titre comme Peau de terre, L’œil, Encre ou Le regard ne dit pas forcément ce que l’on doit voir. Il ouvre plutôt une autre possibilité de lecture. C’est quelque chose que j’aime beaucoup dans la relation entre le titre et l’image.
 
Je me reconnais dans une approche subjective de la photographie, même si je n’ai pas forcément envie d’en faire une étiquette. Pour moi, cela signifie surtout accepter qu’une photographie n’est jamais complètement neutre. Elle passe forcément par une manière de regarder, de cadrer, de choisir ce que l’on montre et ce que l’on laisse de côté.
 
Je peux photographier un paysage, un animal, une architecture ou quelque chose rencontré au hasard d’un voyage. Le sujet en lui-même n’est finalement pas ce qui définit le plus mon travail. Ce qui revient, c’est plutôt ma façon de regarder et cette envie de déplacer légèrement ce qui est devant moi.
 
Le réel reste donc toujours mon point de départ, mais je n’ai pas envie qu’il soit une limite. Ce qui m’intéresse, au fond, c’est peut-être simplement de regarder les choses assez longtemps pour qu’elles cessent d’être seulement ce qu’elles sont. De laisser le réel glisser un peu vers l’imaginaire, sans jamais le perdre complètement. Et donner à celui qui regarde assez d’espace pour qu’il puisse, à son tour, s’y égarer un peu. 

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